13.02.2008

Stationnez, y a rien à voir !

Un petit exemple de la manipulation de l’information par la Mairie de Paris, à l’ère du « vertueux » Delanoë.

Je reçois à mon domicile en janvier 2008 un courrier de la Direction des déplacements de Paris qui s’intitule triomphalement « RESIDENTS, GAREZ-VOUS PLUS FACILEMENT ». La  lettre annonce que :

« Les nouvelles zones de stationnement définies en 2005 vous ont permis de bénéficier de places mieux réparties autour de votre lieu d’habitation.

Désormais 210 nouvelles places sont ouvertes au stationnement résidentiel. 

De nouvelles portions de rue passent du stationnement « rotatif » au stationnement « mixte ».

Ces améliorations de l’offre de stationnement en faveur des résidents sont le fruit d’une réflexion à l’échelle de la ville sur la répartition des places entre résidents et visiteurs, en relation avec les évolutions du tissu économique. En effet, certains secteurs très commerçants sont devenus plus résidentiels au fil des années. La répartition des places entre les visiteurs et résidents parisiens a donc été revue au bénéfice des Parisiens.

Cette modification se fait sans contrepartie : aucune voie ne sera retirée au stationnement actuellement résidentiel »

Que retient-on de cette lettre ? A priori, que du mieux : de nouvelles places de stationnement pour les Parisiens, grâce à une « réflexion à l’échelle de la ville ». Quelle chance nous avons d’avoir en Bertrand Delanoë un Maire intelligent et responsable… Sauf que…

Précisons d’abord le vocabulaire pour les non initiés :

§          Le « stationnement rotatif » est limité à deux heures consécutives. Il s’agit tout simplement d’un stationnement de type « zone bleue » (où il faut utiliser un disque pour indiquer l’heure d’arrivée et donc l’heure limite où l’on doit repartir)… mais payant.  Ceci, sans condition d’origine du véhicule : qu’on soit parisien ou banlieusard, tout le monde est logé à la même enseigne. Le stationnement résidentiel (0,5€ par jour pour les parisiens dans leur quartier de résidence) n’est pas possible dans cette zone. Ce type de stationnement est particulièrement adapté aux zones commerçantes, où il est important que les visiteurs puissent se garer ; ce système permet qu’il n’y ait pas trop de véhicules immobilisés pour un stationnement long.

§          Le « stationnement mixte » est ouvert à la fois aux résidents et aux visiteurs. Il permet le stationnement résidentiel.

Ces précisions étant établies, quatre remarques :

1 - La politique parisienne est clairement effectuée en faveur des parisiens « résidents » dans le quartier et non des commerçants. Cette politique diminue en effet les zones susceptibles d’attirer la visite de personnes extérieures au quartier : autres parisiens, habitants de la banlieue. Le « au bénéfice des Parisiens » exprime bien l’égoïsme de la politique de Delanoë, et même cette propension à isoler les quartiers parisiens les uns des autres, et Paris de la banlieue. Chacun chez soi, et surtout n’accueillons pas les étrangers... on pourrait presque parler de « xénophobie territoriale ». Bien entendu, la voiture n’est pas le seul moyen de transport. Mais pour acheter une plante en pot, des meubles, du matériel électroménager, un ordinateur de bureau, des aspirateurs, des objets de collection, cela peut parfois être utile. Je ne choisis pas au hasard, car les voies concernées, en particulier l’avenue Philippe Auguste, compte notamment un Conforama et d’autres commerces vendant précisément ce type de produits ; je n’ai d’ailleurs pas vu ces commerces fermer depuis 2003. Les commerçants (patrons ou employés) ne semblent donc pas être, pour Delanoë, des Parisiens.  Il est vrai que vu les prix de l’immobilier, ils ont de plus en plus de mal à se loger à Paris. Ne seraient pas non plus très parisiens les résidents qui auraient l’impudence de s’aventurer -  en voiture ! - hors de leur quartier pour faire des achats. Le « vrai Parisien » est le résident qui laisse sa voiture chez lui ; à la limite, on peut se demander à quoi elle lui sert…

2 - Cette première remarque étant faite, on pourrait toutefois se réjouir, en tant que résident. Ainsi, depuis 2005, de nouvelles zones seraient passées en pur stationnement résidentiel, libérant 210 places. Une carte est jointe au verso de la lettre pour préciser la localisation des ces nouvelles places. Je tourne la page et… surprise, je vois que ces nouvelles places se concentrent essentiellement Avenue Philippe Auguste (avec la rue Léon Frot). Voyez ci-dessous l’image de la carte, ces zones sont indiquées en rouge :

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Le seul hic c’est que… l’avenue Philippe Auguste est en stationnement mixte depuis des années, et que ce statut n’est absolument pas nouveau !!! Habitant le quartier depuis 2003, il me semblait que l’Avenue Philippe Auguste avait toujours été ainsi (il est vrai que je n’avais pas de voiture à l’époque). Pour en avoir le cœur net, je ressors la carte que j’ai reçue récemment lorsque je me suis inscrit au stationnement résidentiel, et qui date… d’avril 2005. La voici :

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On voit clairement que l’avenue Philippe Auguste figure en jaune, ce qui indique qu’elle était déjà en zone mixte à cette époque (avril 2005). L’erreur concerne également la rue Léon Frot, qui nous est présentée comme ayant été intégralement passée en zone mixte depuis 2005, alors qu’elle l’était déjà en partie (sur sa partie nord, cf. carte en pièce jointe à la fin de ce billet).

C’est donc un flagrant mensonge de la Mairie de Paris, qui annonce avoir ouvert 210 nouvelles places au stationnement résidentiel depuis 2005, alors qu’elle n’en a ouvert au plus que 50 ! (les deux voies en question représentant 90 % des nouvelles ouvertures, au vu du tracé sur la carte, cf. carte de l’ensemble du XIème en pièce jointe).

Cette histoire, qui pourrait paraître anecdotique, illustre au contraire parfaitement les pratiques en règle à la Mairie de Paris sous Delanoë. Une communication mensongère, qui fait apparaître le Maire comme un modèle d’efficacité, en se basant sur des chiffres trafiqués, et en tablant sur le fait que personne n’ira vérifier. Ni les citoyens, ni les journalistes. C’est bien parce que j’habite Avenue Philippe Auguste et que, ayant renouvelé récemment ma carte de stationnement résidentiel j’avais encore sous la main ce plan de 2005, que je me suis rendu compte que quelque chose clochait, mais combien de personne ont vérifié ? En particulier ceux qui n’habitent pas Avenue Philippe Auguste, mais à l’autre extrémité de l’arrondissement ? Du coup, à force d’asséner sans contradicteur dans les médias que lui, Bertrand Delanoë, a fait mieux que la droite sur bien des domaines, que la droite n’a pas de programme, etc. eh bien tout le monde le croit ! Sur les logements sociaux, sur les pistes cyclables, sur les crèches, les résultats de Delanoë sont bien moins reluisants que ce qu’il affiche… (ce qui ne veut pas dire qu’il n’a rien fait). Certes, le fait de vouloir se présenter à son avantage est un comportement commun à de nombreux hommes politiques, de droite comme de gauche. Mais ici, la malhonnêteté intellectuelle est récurrente et « décomplexée ». D’autant que…

3 - …ces 210 « nouvelles places » (en fait 50) ne prennent pas en compte… les places détruites par l’installation de Vélib’ ! Alors qu’il était déjà très difficile de se garer dans le XIème, la situation s’est nettement aggravée depuis l’implantation des stations Vélib' ; celles-ci ayant été délibérément placées sur des emplacements de stationnement, alors même qu’il existait des solutions alternatives (deux exemples près de chez moi : sur le trottoir - très large - à l’angle du Boulevard Voltaire et de la rue des Boulets, ou sur le terre-plein de la place de la Nation ; nous proposons d’ailleurs avec Claude-Annick Tissot de relocaliser autant que possible les stations de Vélib' sur des emplacements permettant de retrouver les places de stationnement perdues). J’utilise Vélib' régulièrement et avec plaisir, mais je n’accepte pas la bêtise de cette politique anti-bagnoles. Bref, sur l’ensemble du XIème, environ 50 stations Vélib' ont été implantées dans un premier stade, et de nouvelles viennent d’être construites, au moins une dizaine. Voyez ci-dessous l’implantation initiale (source Express de l’été 2007) :

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Sachant que certaines stations, comme à la sortie du métro Faidherbe-Chaligny, ont été placées à des emplacements « intelligents » (mais c’est malheureusement une minorité), sur 60 stations, comptons que 50 ont supprimé des places de stationnement, trois en moyenne (cela dépend de la taille des stations). Ce qui donne un total de 50*3 = 150 places supprimées.

Donc au total, au lieu de 210 places « nouvellement offertes au stationnement résidentiels », 150 places de stationnement ont été détruites et seulement 50 places ont changé de statut (elles ne sont pas nouvelles !  elles changent uniquement de statut).  Cela change un peu la nature du message, non ? Est-ce toujours : « Résidents, garez-vous plus facilement ! » ?

4 - Enfin,  on peut s’interroger sur le timing d’un tel courrier… à quelques semaines des élections municipales. Delanoë, utiliser les services publics - colportant des informations mensongères - pour sa propre comm’ ? Non, vous ne pensez pas le vertueux Bertrand capable de telles pratiques… Vous voyez vraiment le mal partout…

Comme dirait l’autre, le Diable se cache toujours dans les détails…

Pièces jointes :

Courrier de la Mairie de Paris (page 1) : Courrier stationnement Paris r.JPG

Courrier de la Mairie de Paris (page 2, le plan, les places « désormais » réservées au stationnement résidentiel figurent en rouge) :Courrier stationnement Paris plan.JPG

Plan d’une partie du onzième à avril 2005 : Carte stationnement résidentiel avril 05.JPG

Stations de Vélib’ du onzième (première phase d’implantation) : Carte Vélib XI red.JPG